C'est allergique : et l'inflammation ?


La plupart des patients pensent que la dermatite atopique est d’origine allergique. Pourquoi ?

Tout ce qui est rouge et qui gratte est labellisé du mot allergie faute d’avoir en sa connaissance d’autres mots de vocabulaire. Le mot inflammatoire est connu pour les douleurs articulaires mais il est inconnu pour les maladies de la peau. L’usage d’outils comme les dessins ci-dessous devient alors très pratique.

Dessin du système immunitaire inflammatoire
Eczema atopique

La rougeur de l'eczéma atopique est due au système immunitaire inné, responsable de l'inflammation. Il  réagit à tout ce qui traverse la peau anormalement trouée comme un lance flamme. Il n'y a pas d'anticorps :  ceci explique que les tests allergiques soient négatifs.

Dessin du système immunitaire allergique
Eczema allergique

La rougeur de l'eczéma allergique est due au système immunitaire adaptatif, responsable de l'allergie. Il fabrique des défenses contre un seul produit à à la fois, en mode sniper. Ces défenses sont mises en évidences dans les tests allergiques. Le bilan allergique n'est utile que pour l'eczéma allergique, il ne sert à rien dans l'eczéma atopique.

L’intérêt de bien séparer les deux concepts est majeur :

 

La dermatite atopique étant une réaction aspécifique,  l'important est de  s'intéresser aux facteurs déclenchant les crises.

 

L'allergie n'est pas la cause de la dermatite atopique. Par contre chez 30 % des patients atopiques, les deux mécanismes vont s'ajouter : par exemple un patient atopique devient allergique aux acariens. Enlever les acariens, il reste  toujours l'eczéma atopique.


 

 Il est vrai que le mot dermatite atopique est un mot bien étrange qui ne dit pas grand-chose de ce qu’il est. La rigueur voudrait que l’eczéma soit un mot réservé à l’eczéma de contact. L’eczéma de contact, lui comme son nom l’indique, est une réaction à un produit chimique en contact avec la peau, et cette réaction est de nature allergique. La conséquence est très simple, la seule façon de guérir d’un eczéma de contact est de ne plus jamais toucher le produit en cause. L’exemple de la réaction à la boucle métallique du ceinturon ou des bijoux fantaisie des oreilles est très parlant : il s’agit d’un eczéma de contact au Nickel, lequel apparaît lors du port des boucles d’oreille et disparaît dès qu’elles sont  retirées.

 

 

Où est la faille de cette pensée ?

  • Le patient atopique, une fois le bilan allergique réalisé lequel est le plus souvent négatif est bien déçu. Pire, dans l’hypothèse où  le bilan a trouvé une substance particulière, la déception est encore plus sévère quand son retrait ne règle pas le problème. Dans la dermatite atopique, seuls 30% des enfants  et seuls 40 % des adultes ont une allergie en plus. Retirez le produit allergisant, il reste la dermatite atopique.

 

Certains patients restent alors convaincus que le monde médical ne fait pas son travail et que la recherche ne cherche pas le problème allergique de base, celui qui une fois authentifié permettrait de tout régler en une seule action. Il s'agit là d'une attente voir d'un attachement du patient à une hypothèse  bien délétère pour lui, car malheureusement en attendant de trouver à quoi il réagit il ne fait pas son traitement. Pourquoi ? Pourquoi les deux idées sont elles liées ? Laquelle détermine  l'autre ? Tant que le médecin n'abordera pas avec le patient les raisons pourquoi  il reste attaché  à cette idée, le blocage est majeur et l'incompréhension totale.

 

Que faire ? Repartir à la case départ : quelle est l'attente du patient, quelles sont ses conceptions ?

D'où l'intérêt d'avoir du temps pour faire exprimer aux patients le fond de ses attentes et le pourquoi de ses attentes, et d'avoir des outils pour repositionner le fonctionnement de cette peau et la différence entre le système immunitaire acquis le  responsable de l'inflammation et le système immunitaire adaptatif le responsable de l'allergie. Des petits dessins en mode BD sont alors très utiles  pour permettre aux patients de visualiser des notions complètement abstraites pour lui.  L'acceptation de nouvelle données  ( le mode de fonctionnement de la peau ) ne sera possible que si  le patient accepte de détruire son schéma précédent ( c'est allergique ) Détruire le schéma précédent n'est possible que si le patient bénéficie de bienveillance, d'écoute sans jugement, d'outils adaptés à sa capacité de compréhension et de temps car il faut souvent recommencer la même scène avant que les choses bougent.

 

 

Ce n'est pas parce qu'on prend des cours d'anglais qu'on est bilingue le lendemain..

 

 

Mots clefs : eczéma atopique, eczéma allergique, éducation thérapeutique