Attitude éducationnelle et confinement


L'attitude éducationnelle ne se résume pas à la consultation


L’attitude éducationnelle est la déclinaison en pratique de ville des programmes hospitaliers d’éducation thérapeutique, organisés autour de 4 thèmes : le bilan partagé, la découverte de la maladie, l’entretien motivationnel, l’évaluation. En consultation de ville, cela correspond :

·       à l’interrogatoire  « racontez moi votre histoire »,  …

·       aux questions autour des conceptions du patient « pour vous l’eczéma, c’est quoi ? »

·       aux outils pour expliquer la maladie et son traitement,

·       aux questions sur la qualité de vie : cette phase correspond à l’entretien motivationnel

·       aux questions très pratiques en fin de parcours pour évaluer l’acquisition des compétences qui se déclinent en 4 niveaux de progression :

o   la gestion de la peau

o   la capacité à  transmettre ces compétences à un autre patient

o   la capacité à expliquer et ou anticiper une crise

o   la capacité à se projeter à nouveau dans la vie sans considérer l’eczéma comme un handicap

 

Deux phrases clefs sont à la base de l’attitude éducationnelle :

Du côté du médecin : le patient a toujours raison, même quand il a tort car ce sont ses raisons…

Du côté du patient : si le médecin me comprend, je pourrai comprendre ma maladie…

 

Tout ce travail demande bien sûr beaucoup de temps, ce que « ce temps si particulier que nous venons de vivre» pouvait offrir. C’était l’occasion de faire vivre l’attitude éducationnelle autrement.

 


L'attitude éducationnelle est de la solidarité


rester branché avec le patient atopique
Rester branché avec le patient atopique

 

 

 

« Bonjour, je suis le docteur Untel, Dermatologue à …, auriez-vous quelques instants à m’accorder ?

-          Oui, pas de problème, on est tous à la maison !

-          Je me demandais si compte tenu de ce temps si particulier que nous traversons, vous auriez besoin d’un soutien, d’un conseil, voire d’une ordonnance ?

 

-          Ah ! comme c’est gentil de penser à nous… oui justement… »


L'attitude éducationnelle forge la sécurité


Pourquoi nommer le temps de confinement « ce temps si particulier » ? Confinement renvoie à un enfermement. Le terme « ce temps si particulier » ouvrait au contraire le champ de la création, de l’innovation, de la découverte, du possible.  C’était l’objectif de cette terminologie : ouvrir et offrir …

 

Offrir de la solidarité, de la présence, du lien, de la sécurité : tout ce dont le patient atopique a viscéralement, organiquement et psychologiquement besoin. L’écoute du médecin change l’écoute du patient.

 

Les questions posées furent en règle très précises :

·       Les règles d’hygiène, un peu oubliées

·       L’intérêt de l’émollient, occasion de requestionner ce qu’ils avaient compris de leur peau

·       Le mode d’emploi du dermocorticoïde, occasion de reparler de l’unité phalangette

·       Les discussions sur le stress lié au confinement

·       Les règles de l’équilibre alimentaire, un peu négligées face au plaisir de refaire des gâteaux tous ensemble

·       Corriger une erreur de compréhension du message de nos autorités sur la contre- indication des anti-inflammatoires face au Covid ayant amené nombre de patients à arrêter leur traitement local

·       Rassurer les patients sous Methotrexate face au Covid  


L'attitude éducationnelle offre d'autres possibilités

Donner du temps au patient atopique
Donner du temps au patient atopique

 

Mais la grande découverte fut tout ce que la non contrainte de temps avait offert de possibilités

  • Faire ses soins sans être pressé, découvrir le plaisir de les faire et leur efficacité
  • Redécouvrir sa famille et sa dynamique, ce qui pour beaucoup d’enfants étaient au contraire une période de non stress
  • Pouvoir livrer plus librement, dans ce contact téléphonique soustrait au regard du soignant, un problème relationnel conflictuel source de stress

 

De façon globale, je fus étonnée de découvrir qu’ils allaient globalement tous bien, ils avaient déjà tous bénéficié de l’attitude éducationnelle au préalable et il fallait juste préciser ou approfondir quelques points.

 

Bien différente,  fut l’activité en téléconsultation via les plateformes de patients inconnus du cabinet et qui appelaient au secours dans un état de détresse avancé : besoin d’habillage dans le centre hospitalier qui continuait à recevoir en urgence les érythrodermies atopiques, besoin de temps plus long (facilement une heure) pour créer l’alliance thérapeutique.

 

Ce « temps si particulier » permit ainsi d’établir une relation très différente. Une certaine mise à égalité était palpable dans ce partage entre le soignant et le patient.

 

La limite de l’appel téléphonique est bien sûr l’absence d’examen clinique, mais il s’agissait de patients déjà connus. Concernant la téléconsultation via les plateformes, la qualité de l’image n’étant pas optimale, seuls les critères de qualité de vie permettaient de faire une évaluation du degré de souffrance et d’agir en conséquence. Les images transmises par smartphone restaient possibles de toute façon dans les deux cas.

 

L’appel n’étant pas le fait d’une demande formulée par le patient, la « consultation » se devait d’être gratuite. L’attitude éducationnelle se veut être une façon de vivre la solidarité.

 

« Le soin est un humanisme » nous rappelle la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, titulaire de la chaire Humanisme et Santé au Conservatoire des Arts et Métier.

  

Puissions-nous avoir dans le futur plus de temps et de reconnaissance pour vivre cette vérité fondamentale, laquelle peut trouver une voie d’expression dans l’attitude éducationnelle.


Mots clefs : attitude éducationnelle, éducation thérapeutique du patient