Petit tube mene l'enquete

Petit tube est un tube de cortisone et ce matin-là Petit tube était triste. Il avait bien remarqué que les tubes à côté de lui ne subissaient pas le même sort que lui. Quand le tiroir s’ouvrait, une main venait les prendre pour les mettre au grand jour et les faire partir dans un petit paquet

 

     « Ah, la grande vie ».

 

Il en rêvait mais lui, personne ne venait le chercher, il restait là tout seul dans son tiroir tout noir. Alors il décida de mener son enquête.

Un soir que le tiroir avait été laissé ouvert, hop ! il sauta par-dessus et partit à l’aventure. Il entreprit de découvrir le lieu où il était arrivé : une pharmacie. Une pharmacie, c’est un grand magasin pour les médicaments et puis aussi des tas d’autres produits  genre shampoing et pinces pour enlever les poils. Se sentant un peu perdu dans cette grande pièce, il osa un :

 

     « Holà il y a quelqu’un ici ? »

     « Chut » Lui répondit doucement la boite de savon toute proche de lui, « tout le monde dort ici, c’est la nuit, que veux-tu Petit tube ? »

     « Je m’ennuie tout seul et je ne comprends pas pourquoi personne ne vient me chercher dans le tiroir ? »

     « Ah, c’est ça ton problème ? Ecoute, arrange toi pour aller sur l’étagère de Grand tube, reste à côté de lui et de là tu verras très bien ce qui se passe dans la journée, tu devrais comprendre... »

    « Merci beaucoup du conseil, je vais le suivre ». 

 

Oui seulement voilà, on fait comment pour aller sur l’étagère d’en haut quand on est un tout petit tube ? Il se mit à réfléchir, à réfléchir et … tout doucement s’endormit. Quand il ouvrit les yeux, le soleil venait à peine de se lever et de rentrer par la porte grande ouverte. Une dame commençait à prendre l’aspirateur et les éponges dans le placard. C’était la femme de ménage. 

 

     « Voilà l’astuce, c’est elle qui va pouvoir me venir en aide ». Il avança jusqu’à elle et sauta de son mieux pour se faire remarquer. 

     « Petit tube, que fais-tu là par terre, je vais te remettre dans  ton tiroir ! » dit-elle bien gentiment.

     « Non, non surtout pas » lui répondit-il à son tour, « je suis sorti exprès pour rejoindre mon copain Grand tube, mais je suis trop petit, je ne peux pas y arriver tout seul, tu peux m’aider Madame ? »

     « Ah si tu veux, pas de problème, mais cache toi bien, ce n’est pas ta place ».

 

Et ainsi fut fait, Petit tube arriva directement à la bonne place. Grand tube fut un peu étonné de le voir, mais comme il n’était pas encore bien réveillé il se poussa et continua sa grasse matinée. Petit tube était content de cette première étape, de là il verrait tout et entendrait tout, alors il attendit confiant dans la suite.

 

Quand le soleil fut bien levé et que beaucoup de voitures passaient dans la rue, la pharmacie commença à s’animer.

 

     « Bonjour madame Dutronc, comment allez-vous ce matin ? »,

     « Oh toujours mes douleurs vous savez bien, ça ne s’arrange pas… »

     « Et vous monsieur Duport, cette fièvre ça va mieux ? »

 

Petit tube n’en manquait pas une miette mais rien de tout cela ne le concernait. Tous ces gens-là avaient besoin de comprimés, pas de crème. Il commençait à s’impatienter quand son regard fut attiré par une maman qui venait de rentrer accompagnée de son petit garçon. Lequel grattait, mais grattait, il bougeait tout le temps tellement il grattait. Petit tube lui lança un clin d’œil pour se faire remarquer et le petit garçon lui lança un clin d’œil pour lui dire qu’il  l’avait bien vu. Mais les choses en restèrent là, la maman était venue acheter un gel douche et rien de plus. Quand le petit garçon qui se grattait partit, Petit tube était tout désemparé ; il ne comprenait toujours pas pourquoi la maman ne l’avait pas acheté. Il en avait les larmes aux yeux, il était là pour aider ceux qui grattent et personne ne voulait de lui. Grand tube, qui du coup était bien  réveillé s’approcha de lui et lui dit tout doucement à l’oreille,

 

     « Tu sais pourquoi personne ne veut de toi ? Parce que tu fais peur. »

 

Quoi ? C’était donc ça ! Le choc fut terrible, Petit tube était tout ébranlé, il pleura pour de vrai un long moment. Mais comme après la pluie arrive toujours le beau temps, après avoir séché ses larmes, il respira un grand coup et se dit qu’il fallait continuer à…. mener son enquête. 

Le jour suivant, la dame au petit garçon qui grattait revint  à la même heure, à la sortie de l’école et dit à la dame de la pharmacie que le gel douche n’avait rien changé et que son garçon grattait toujours. Celui-ci avait fait un coucou à Petit tube en arrivant dans la pharmacie car il l’avait bien repéré dans les étagères des Grands tubes.  C’est alors que le cœur de Petit tube se mit à battre très fort : la main de la dame se dirigea vers lui, elle allait enfin le prendre  mais non, non encore une fois non , ce n’était pas pour lui, la main de la dame prit un Grand tube un peu plus loin en disant qu’il fallait bien en mettre deux fois par jour. La maman repartit avec son garçon qui grattait et Petit tube resta encore  tout triste sans comprendre pourquoi il faisait peur.

Le lendemain, la maman revint pour la troisième fois et le petit garçon grattait toujours beaucoup trop, il n’en dormait plus d’après ce que disait la maman. Le petit garçon avait des cernes sous les yeux tellement il avait mal dormi. Alors la dame de la pharmacie dit à la maman

 

     « Vous devriez aller voir le médecin »

     «  Mais j’y suis déjà allée » répondit-elle 

     « Le docteur Dupont m’a donné  de la cortisone alors que la fois d’avant son remplaçant m’avait dit de ne surtout pas en mettre. Moi je suis complètement perdue et du coup je ne sais pas ce qu’il faut faire. On m’a dit aussi que quand on commence, ça devient chronique »

     « Bon écoutez je vous donne un  petit tube de cortisone,  vous en mettez un peu pendant quelques jours et puis vous reviendrez, on verra bien ce que ça donne ».

 

La dame alla chercher un petit tube de cortisone... dans le tiroir et fut bien étonnée de ne pas le trouver. Comprenant le problème Petit tube toujours très courageux réussit à se mettre en évidence sur l’étagère en sortant de sa cachette et la dame ouvrit des yeux tout rond en le voyant là et se dit qu’elle l’avait posé sans s’en rendre compte.

 

     « Tenez Madame, j’espère qu’avec ça, votre garçon ira mieux ».

 

Petit tube était enfin arrivé dans le sac de la maman et découvrait l’univers bien étrange d’un sac de maman : un rouge à lèvres, des crayons, des restes de gouter et un portefeuille rempli de papiers. Bien élevé Petit tube dit bonjour à tout le monde et attendit sagement. Arrivé à la maison, il dut encore attendre le temps de la douche. Il reconnut au passage le gel douche et le grand tube qu’il avait côtoyés à la pharmacie deux jours avant et il se positionna juste à côté d’eux se disant qu’il avait trouvé un début de famille et qu’il serait bien content de ne jamais les quitter. Ce fut alors un miracle, une révélation, à eux trois le petit garçon  put enfin dormir, et retrouver pendant quelques jours un calme qu’il avait perdu à force de se gratter. Quelques jours par contre, ça ne fait pas beaucoup de jours et comme la dame de la pharmacie avait dit d’en mettre un peu pendant quelques jours, au bout de quelques jours la maman arrêta d’utiliser Petit tube. Patatras, le grattage réapparut et la maman fut vraiment convaincue que Petit tube ne servait à rien puisque le grattage revenait dès qu’elle arrêtait de l’utiliser.

 

     « Comme quoi quand on commence à s’en servir, ça revient tout le temps. »

 

Et comble de malheur, le lendemain du jour où le grattage était revenu, le petit garçon reçut la visite de sa tante. L’air sévère, Elle s'adressa  à sa sœur et lui dit :

 

     « De toute façon la cortisone, ça fait grossir et ça ralentit la croissance ! »

 

Petit tube était épouvanté, il commençait à comprendre l’origine de la peur : d’abord les médecins disaient tout et son inverse, pas facile d’être rassurée quand on est maman dans ce cas-là, ensuite la tante avait confondu les effets de la cortisone en comprimés et en crème, ce qui n’a rien à voir. Mais le pire était que la maman pensait que le grattage pouvait partir comme part la fièvre en quelques jours…

 

Alors Petit tube eut une idée de génie. Ces idées de génie, on ne sait pas trop d’où elles viennent : dans les livres on dit qu’il faut frotter une lampe à huile mais en vrai on ne sait pas. L’important, c’est de les accueillir comme des cadeaux. Donc ce jour-là Petit tube alla parler directement au Petit garçon et il lui dit dans l’oreille :

 

     « Tu sais, tu es assez grand pour venir me chercher tout seul, tu viens  deux fois par semaine et tu verras qu’on sera  copain tous les deux »

 

Petit garçon en avait marre de se gratter, marre à un point que vous ne pouvez pas imaginer, mais le pire c’était de subir des réactions méchantes à l’école par ce qu’il bougeait tout le temps. Il accepta l’offre de Petit tube et alla le chercher deux fois par semaine. Quand la maman s’en rendit compte, elle comprit que son garçon avait raison puisqu’il allait nettement mieux et pour elle c’était ça le plus important. Pourtant tout n’était pas parfait, et puis Petit tube n’allait pas tarder à être en panne sèche. 

 

Petit tube, qui avait mené son enquête,  avait eu le temps de regarder ce qui déclenchait les crises de grattage chez son copain Petit garçon. Le lait avait déjà été changé ou diminué mais le grattage était toujours là. Non, ce qui était le plus flagrant chez lui, c’est qu’il était tout le temps malade, un rhume par-ci, une otite par-là, une gastro  et ça recommençait toute l’année. Et même si le docteur faisait attention à ne pas donner trop d’antibiotiques, Petit garçon en prenait quand même facilement deux fois par an. Pas beaucoup direz-vous, quand même assez pour abîmer tout ce qui s’appelle la flore intestinale ce qui favorise le grattage.

 

Petit tube se souvint alors que à la pharmacie, dans les étagères où les papa/maman peuvent acheter des médicaments sans ordonnance, il y avait tout une colonie de vitamines plus belles les unes que les autres. Des rouges, des oranges, des violettes, un vrai feu d’artifice pour rester en bonne forme. Une dose tous les jours et l’hiver se passe sans antibiotique. Et puis toujours au même rayon, il y avait aussi de quoi réparer la flore intestinale. Voilà Petit tube avait trouvé sa famille au complet : un gel douche adapté, un Grand tube qui ne dort pas dans un placard mais qui sert tous les jours, lui-même dès que ça gratte et surtout des mois de vitamines et de pro biotiques pour réparer la flore intestinale. Il ne faudrait jamais séparer les membres d’une famille, il faudrait les laisser toujours ensemble, surtout quand ça fait disparaître le grattage pour de bon.

 

Restait le problème de faire comprendre ça à la maman et à la dame de la pharmacie, et là Petite tube était à court d’idée. C’était sans compter la place de l’école dans la vie de Petit garçon. Un jour que le maitre parlait de la planète et de ce qu’il fallait faire pour la maintenir en bonne santé, et il se dit que lui aussi il était une planète à lui tout seul. Alors si la planète a besoin d’engrais, lui aussi pouvait en avoir besoin, et si la planète a besoin d’être nourrie alors lui aussi il pouvait se nourrir correctement. La fois d’après quand il accompagna sa maman à la pharmacie, c’est lui qui demanda quelque chose pour nourrir et fortifier sa planète.

 

     « Tu sais Madame, si je prends des fortifiants, je n’aurai plus besoin d’antibiotiques, et si tous les gentils microbes de mon ventre sont en bonne santé je crois que je gratterai moins ! »

 

La dame de la pharmacie fut impressionnée de rencontrer un garçon si instruit car elle comprit de quoi il s’agissait.

 

     « Voilà, Madame, des vitamines et des pro biotiques, mais attention si vous voulez que ça marche, il faut aussi manger de façon équilibrée »

 

La maman accepta aussitôt faisant confiance aux intuitions de son fils. Petit tube n’en revenait pas, son copain avait tout compris, quel génie !

 

Mots clefs : l'eczéma de l'enfant