Les prejuges


 

L'accès aux soins ne concerne pas uniquement la disponibilité des médecins et le coût des traitements. 

 

Les préjugés sont les premiers obstacles que rencontre le patient. Donner au patient les moyens de détruire ses préjugés est le but de cette page.

 

                            On ne peut acquérir de nouvelles idées que si on a les moyens de détruire les anciennes.

 


Ça ne sert à rien de traiter, ça revient tout le temps

Il faut que ça sorte

Débarrassez-moi de ce truc là

Il y a forcément une cause

 

La dermatite atopique, ce n'est pas une maladie

C'est allergique

C'est dans la tête

La corticophobie



Ça ne sert à rien de traiter, ça revient tout le temps

 L'asthme aussi évolue par crise et pourtant qui aurait l'idée de ne pas  traiter sous prétexte que ça peut revenir ?

Ce préjugé cache deux réflexions absolument majeurs à dévoiler :

  • Ça ne sert à rien de traiter, sous entend la méconnaissance des risques de ne pas traiter
  • Ça revient tout le temps sous entend l'attente de voir cette maladie disparaître définitivement

Quels sont les dangers de ne pas traiter :

  • Impacter la vie quotidienne tant professionnelle, sportive, relationnelle que sexuelle
  • Favoriser l'arrivée des  allergies tant respiratoires ( asthme ) que cutanées ( eczéma de contact)
  • Dégrader l'estime de soi avec le risque de dépression et de suicides surtout chez l'adolescent;

La dermatite atopique est une maladie chronique aléatoire (ça peut partir et ça peut revenir). Pour éviter les récidives, il est conseillé :

  • D'appliquer la cortisone deux fois par semaine en préventif sur les zones à risque(1)
  • D'opter pour une prise en charge globale : traiter la flore intestinale, rectifier l'alimentation, s'aider des compléments alimentaires, échanger, sécuriser, parler

[1] Hanifin J. Gupta AK. Rajagopolan R. Intermittent dosing of fluticasone propionate cream for reducing the risk of relapse in atopic patients. Br. J. Dermatol  2002. 147. 528-37.


Il faut que ça sorte

La plaque d’eczéma réagit au stress, à l’alimentation, à l’effort, elle suinte, elle apparaît sur la peau. Ceci suffit à alimenter l’interprétation que quelque chose veut sortir du dedans vers le dehors. Ce quelque chose est de l’ordre du déchet, du mal, du toxique. Le laisser sortir devient une purification. Cette interprétation est loin d’être rare parmi les patients, elle les pousse à ne surtout pas se traiter, d’autant qu’une partie de médecins la cautionne, alimentant ainsi un peu plus la corticophobie.

 

Qu'en est-il vraiment ?

 

Quiconque a déjà fait une cure de détox, phytothérapie très à la mode en ce moment, aura certainement déclenché une petite poussée d’acné ! Les « toxines » passent effectivement par  deux canaux d’évacuation :

  • La glande sébacée
  • La glande sudorale

Le traitement par la cortisone n’empêchant en rien leur fonctionnement, les toxines peuvent bien continuer à sortir même avec un traitement aux dermocorticoïdes.

 


Débarrassez-moi de ce truc là!

Dans les maladies chroniques, il y a :

  • Celles dont la participation du patient n'est pas indispensable, comme l'hypertension artérielle où il suffit d'avaler un comprimé
  • Celles dont la participation du patient est indispensable, comme le diabète.

La dermatite atopique appartient au deuxième groupe. Or l'adhésion du patient à cette participation est loin d'être facile. Pourquoi ? (1)  

  • Les petits soucis du corps humain ne sont plus gérés par le savoir faire familial. Ils ont été délocalisés sur les soignants. En cas de problème, c'est à eux à fournir la solution. L'individu ne se sent plus responsable de sa santé.
  • Le poids des habitudes et l'illusion que la technologie a réponse à tout. "On va sur la lune et vous voulez me faire croire que vous ne savez pas traiter mon eczéma?"

La solution appartient à l'attitude éducationnelle

 

[1] Réflexions sur la non-observance. S.G.Consoli. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. Janvier 2012. Tome 139. Supp1.528-532.


Il y a forcément une cause

 

 C’est au 19 ° siècle qu'apparaît le lien de causalité dans les sciences du vivant, c'est-à-dire le lien entre une seule cause pour un seul effet. Même si  cette représentation est maintenant bien simpliste, elle imbibe toujours le mode de pensée général.

 

La  cause de la tuberculose, c’est le bacille de Koch ;  la cause du diabète c’est le pancréas qui ne fabrique plus d’insuline ; la cause de l’infarctus c’est une coronaire qui se bouche… cette façon de présenter les choses a l’avantage d’être visualisable, modélisable, donc compréhensible.

 

L’implicite de ce mode de pensée est que le retrait de la cause permet de guérir la maladie. Il n’en est rien dans la dermatite atopique. La cause n’existe pas car il s’agit de l’empreinte de notre mode vie moderne sur notre capital génétique. Ceci s’appelle l’épigénétique. Plus de 100 gènes sont déjà concernés, et la liste n’est certainement pas exhaustive[1]

 

[1] Saman Sabounchi, Jenna Bollyky, Kain Nadeau, Review of Environmental Impact of the epigenetic regulation of atopic diseases .Curr Aller Asthma Rep  june 2015) 15-33


La dermatite atopique? Ce n'est pas une maladie !

Cette phrase est l'expression d'un déni partagé autant par la société que par les médecins.

 

Une piqure de moustique, le contact avec les orties, le frottement de l’étiquette… autant de raisons de se gratter  quand aucune de ces raisons n’est médicale. Le grattage est un symptôme qui n’appartient pas à la santé mais aux codes sociétaux .

 

Se gratter est un geste qui ne déclenche aucune empathie, mais au contraire  un « arrête de te gratter ! »

 

Il y a une corrélation entre la lourdeur du traitement et la gravité de la maladie : une chimiothérapie signifie cancer, un petit tube de crème à la cortisone ne peut pas laisser présager du calvaire que les patients peuvent vivre…

 

Et pourtant leur qualité de vie est comparable : effondrée!

 

Alors ? qu’est-ce qu’on attend pour changer son regard sur l’eczéma ? [1]

 

[1] Changer son regard sur l’eczéma. Bourrel Bouttaz M. Editions Ovadia


C 'est allergique

La plupart des patients pensent que la dermatite atopique est d’origine allergique. Pourquoi ?

 

Tout ce qui est rouge et qui gratte est labellisé du mot allergie… faute d’avoir en sa connaissance d’autres interprétations. Le mot inflammatoire est compris pour un problème d’articulation mais pas pour la peau. L’usage d’outils comme les dessins ci-dessous devient alors très pratique.

  • La dermatite atopique fonctionne en mode lance flamme sur tout ce qui traverse la peau
  • L’allergie fonctionne en mode sniper, spécifique de la réaction antigène anticorps

L’intérêt de bien séparer les deux concepts est majeur :

La dermatite atopique est une réaction aspécifique, le bilan allergique est négatif, il faut s'intéresser aux facteurs déclenchant les crises.

L'allergie n'est pas la cause de la dermatite atopique, elle n'existe pas chez le bébé, elle n’apparaîtra en plus de la dermatite atopique que chez 30 % des patients. Moins la peau atopique est traitée, plus le patient atopique deviendra allergique...double peine!


C'est dans la tête!

Voilà un coup de poignard planté dans le dos du patient. Ce genre de phrase est souvent une fin de non recevoir tant de la part de la famille que des soignants, désemparés devant cette maladie.

 

Le fait que le stress soit  un déclencheur des crises ne prouve en rien que cette maladie soit psychosomatique. 

 

Par contre cette maladie impacte la relation à la mère, impacte la vie de famille, et « prend rapidement la tête » de tout le monde, elle impacte la capacité de l’enfant à se construire en sécurité et va le rendre en fait plus sensible, validant artificiellement ainsi que  «  c’est bien dans la tête » que ça se passe.

 

Traiter la dermatite atopique d’un enfant, c’est aussi prendre en charge l’angoisse que génère cette maladie.[1]

 

[1] Stress parental des mères d’enfants d’âge préscolaire atteints d’eczéma atopique, mémoire présenté par M.H. Poulin, Université de Québec, janvier 2005  

 


La peur de la cortisone

Se traiter n’est pas un acte facile, même quand on souffre.

Le traitement ne sera fait que si trois conditions sont réunies :

  • Le patient a confiance dans le système de soins
  • Le patient a confiance dans le traitement
  • Il a confiance en lui  et il est motivé à le faire.

Le passage à l’acte face au traitement focalise alors en un seul geste tous les préjugés, les peurs, les incompréhensions qui circulent autour de cette maladie. La peur de la cortisone n’est pas que la peur des effets du produit mais le condensé de tout le reste aussi, faute souvent de pouvoir l’exprimer autrement.

 

Donc : êtes vous corticophobe ? Faites le test Topicop[1] .

0 = pas du tout d'accord

1  = pas vraiment d'accord

2 = presque d'accord

3 = tout à fait d'accord

Plus vous êtes proche de 36, plus vous l’êtes ; et inversement.

Les bonnes réponses (scientifiquement prouvées) sont celles qui vous amènent à 0.