Le mode d'emploi de la cortisone


La cortisone crème ou pommade  (dermocorticoide) est un médicament


Ce n'est pas parce que la cortisone se présente sous forme de crème, qu'il faut la traiter comme de la cosmétique : c'est un médicament, avec des règles de bonnes pratiques.  

 

Les bonnes pratiques répondent à des normes : 

  • d'abord un diagnostic : tout ce qui gratte n'est pas de l'eczéma
  • puis adapter le choix de la cortisone  à l'épaisseur de la peau et à l'importance de l'inflammation
  • enfin en mettre la bonne quantité : trop peu ça ne marchera pas, trop vous risquez les effets secondaires

La cortisone est détruite par l'inflammation en même temps qu'elle éteint l'inflammation

C'est malheureusement la notion qui n'est pas écrite sur les notices des dermocorticoides.

Tous les effets secondaires qui sont notés sont justes bien sûr, sur peau normale... 

C'est bien différent sur la peau inflammatoire : l'inflammation détruit la molécule de la cortisone quand celle-ci éteint l'inflammation : la puissance de la cortisone doit être adaptée à celle de l'inflammation, sinon l'eczéma  résiste au traitement

Le dermocorticoide est la seule forme à utiliser pour l'eczéma

Seule la cortisone en crème  ou pommade est autorisée pour la dermatite atopique

La cortisone existe en comprimés, en gouttes, en ampoules injectables et en crème. 

Seule la forme locale, applicable sur la peau est indiquée pour l'eczéma.

L'usage des autres formes est une erreur médicale. Pourquoi ? deux raisons : 

  • L'effet rebond n'existe pas pour la voie locale, par contre l'emploi de la cortisone en comprimés déclenchera certainement un effet rebond dans les jours qui suivent l'arrêt. 
  • Les effets secondaires de la cortisone (hypertension, diabète, obésité, ostéoporose) n'existent que pour les voies internes, jamais pour le dermocorticoide

Si l'eczéma est un incendie, le DC (dermocorticoïde) est l'eau du pompier

La métaphore est très utile : 

  • si vous avez un feu de poubelle, vous allez arroser vous même avec un verre d'eau
  • si vous la forêt flambe, les pompiers auront besoin du canadair

Il existe plusieurs galéniques

Le dermocorticoide (DC) se présente sous forme de : 

  • crème :  blanche, qui s'étale bien
  • pommade : grise, transparente, comme de la vaseline
  • lotion 
  • shampooing

Il existe plusieurs puissances

La puissance de la cortisone doit être adaptée à l'épaisseur de la peau : une peau épaisse ne se laisse pas pénétrer et lui appliquer une cortisone de faible puissance sera complètement inefficace

  • Les DC très forts sont appliqués sur les paumes, les plantes, le cuir chevelu et les plaques très épaisses (lichénifiées)
  • Les DC forts sont pour le corps de l'adulte et de l'enfant : de temps en temps pour les bébés si l'intensité de l'inflammation le justifie
  • Les DC modérés sont pour les bébés, les paupières, les zones génitales

La quantité ( posologie ) est la règle de l'unité phalangette

Trop peu est inefficace et vous aurez l'impression  que ça "reflamble" dès l'arrêt

Trop ne sera pas plus efficace, mais vous serez alors à risque de faire les effets secondaires de la peau : vergetures, acné, rosacée, pilosité..

La bonne quantité, celle qui est efficace et qui vous met à l'abri des effets secondaires est l'unité phalangette

Toutes les zones du corps peuvent être traitées

Zone génitale, mamelon, paupières peuvent être traités au même titre que tout le reste du corps

Le risque oculaire de glaucome  ou de cataracte est surtout le fait des collyres à la cortisone  et non du dermocorticoide, pour autant la peau de la paupière étant très fine, un DC modéré sera en règle suffisant

Le mamelon a une peau très épaisse, et il ne faut pas craindre d'utiliser un DC fort ou très fort


Tous les patients peuvent être traités (devraient être traités)


Bébé, femme enceinte, sportif...

Il est tout à fait étonnant d'entendre qu'un bébé ne doit pas être traité sous prétexte qu'il est trop petit ... Aucune base scientifique ne le justifie, par contre beaucoup de raisons très scientifiques justifient de le traiter

La femme enceinte ne risque rien à se traiter. La grossesse est une période qui sèche naturellement la peau, donc encore plus chez la femme atopique.

Le sportif ne risque rien non plus en cas de contrôle anti-dopage : regardez sur le site de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage. 


Quand faut-il traiter ? Qu'est-ce qu'une crise ?


La crise côté patient

  • quand c'est pire que la veille
  • quand je ne peux plus rien faire
  • quand je ne dors plus 
  • quand je ne me reconnais plus dans la glace 

La crise côté médecin

  • quand c'est rouge
  • quand ça gratte 

 

Voilà une notion très importante : très souvent le patient n'identifie pas une crise car les critères ne sont pas les mêmes entre lui et le soignant. 

 

Il s'agit là d'une erreur très fréquente qui malheureusement explique le retard au traitement. Le feu de poubelles est devenu une incendie jusqu'au plafond...

Jusqu'à quand ?

  • Ni ça gratte
  • Ni c'est rouge
  • Le patient a récupéré une peau de bébé

N'oubliez pas que la cortisone n'est que le traitement de la plaque (l'incendie)

Elle n'est pas le traitement du facteur déclenchant.(boite d'allumettes)

 

Si celui ci n'est pas traité, l'eczéma reviendra dès l'arrêt de la cortisone...et ce n'est pas la faute de la cortisone

D'autre part, l'efficacité du dermocorticoide va beaucoup plus vite que le rééquilibrage d'un facteur déclenchant comme la flore intestinale par exemple...

Normal que l'eczéma récidive si la douche continue à durer 20 minutes matin et soir ...

Peut-on appliquer le dermocorticoide au soleil?

Oui, oui et oui. Il n'y a aucun fondement scientifique à affirmer l'inverse!

Cette information provient souvent du pharmacien lui-même. Si vous l'entendez défendre cette opinion, informez le de l'existence de la plateforme POP training : 12 heures de formation sur la dermatite atopique, pour les pharmaciens, gratuites!

Du coup certains patients préfèrent arrêter le dermocorticoide et font des poussées majeures sous l'effet de la sueur ( c'est l'été,  du sucre ( les apéros bien sympa) , de la piscine ...

Gardez votre traitement, même l'été, vous risquez juste d'aller beaucoup mieux !


Les erreurs les plus fréquentes


  • ne rien faire au quotidien, et mettre la crème hydratante quand ça commence à gratter : toute crème hydratante mise sur une  peau qui gratte ou rouge va brûler.
  • attendre pour voir si ça va vraiment durer
  • ne pas en mettre assez  :  suivre la règle de l'unité phalangette
  • arrêter trop tôt  : si le pompier part alors que les braises sont encore rouges, l'incendie redémarre aussi vite 
  • avoir une ordonnance qui ne vous permet d'avoir la quantité de tubes suffisante : il y a 60  unités phalangettes par tube de 30 gr. Si vous avez besoin de 10 unités phalangettes par jour, il vous faut 1 tube par semaine
  • s'en servir pour tout ce qui gratte sans avoir le diagnostic de l'eczéma. Les articles qui font état des effets négatifs de la cortisone sont à 80 % des cas, des mésusages de la cortisone, c'est à dire un emploi inadéquat.
  • ne pas chercher le ou les facteurs déclenchant 

Que faire sur les zones qui récidivent tout le temps ?


C'est le cas des coudes et des genoux chez les enfants

  • d'abord vérifier l'alimentation et vérifier la quantité de sucre absorbée par jour
  • traiter la flore intestinale, surtout si l'enfant vient de prendre des antibiotiques
  • vérifier si l'enfant fait bien ses soins ... il faut des années pour accepter de se laver les dents, il faut des années pour que les soins soient bien faits par les enfants ou les jeunes adolescents 

Si malgré tout, les plaques reviennent toujours aux mêmes endroits, le fait de traiter de façon pro active deux fois par semaine permet d'éviter la sortie des plaques et d'utiliser à la fin de l'année 3 fois moins de cortisone que si on n'avait pas adopté cette attitude pro active. 


En cas d'échec :


L'échec correspond à des soins bien faits, des facteurs déclenchant maîtrisés  et l'impossibilité d'arrêter la cortisone.

Dans ce cas, les médecins proposent d'autres alternatives. Tout patient a droit à un traitement actuellement et ne doit plus souffrir de dermatite atopique. 


Mots clefs : crème à la cortisone, pommade à la cortisone, dermocorticoide